vendredi 25 avril 2008

Victor Segalen

Si par humanité commune ces deux modes d'exister se rejoignent au profond de nos êtres communs. Ces deux mondes, le banal et l'étonnant, le clair et l'obscur, le connu et l'inconnaissable, ne sont que l'avers et le revers frappés en même temps aux deux faces de l'existence.
le moment mystérieux qui les unit, les limites entre incessament en conflit. Et parmi les sensations que la vie étale à notre goût de vivre, il est d'une haute et noble saveur. Il faut cependant pour en obtenir l'intensité la plus grande, la posséder à l'état de pureté, dire tout ce qu'il n'est pas, et toutes les régions où il n'habite pas. Le moment mystérieux participe au vertige en ce qu'il réclame
des points de comparaison. Le mystérieux du silence quand se touchent ces deux mondes: celui de l'action, celui de la pensée recueillie.
Le plus souvent, cela commence par une prémonition heureuse, par un souffle qui n'est pas du vent terrestre, mais qui m'allège...
Que je porte dans ma carrure interne, ma démarche intime, cette procession de sentiments qui fait tout le rythme de ma vie actuelle...
Il a rodé tant de berges, il a léché tant d'argiles rouges, ocres, grises ou bleutées, que mélangeant toutes ces poussières, se eaux en ont pris un miroitement particulier. La communion longue des rives et de l'eau a produit ce cours onctueux où des yeux indiscrets s'arrêtent et qui ne laisse rien voir de ses abîmes, que les reflets changeants, rouille et bleu, selon que la couleur est celle du corps liquide ou bien du reflet du ciel faisant miroir sur son opacité...